Ma capsule intemporelle

Enfant, comme beaucoup sûrement, j’aimais me construire des cabanes. Faites de rien et qui n’avaient l’aspect de rien, mais qui étaient le terreau d’aventures incroyables. Je me souviens avoir récupéré des cartons dans ma chambre et les avoir rassemblés pour faire une grande boîte. J’y ai mis une couverture, des coussins et une lampe de poche. J’avais là ma navette intemporelle. Je partais seul, enfermé dans ma capsule, accompagné de mon radio-cassette et de quelques livres pour des voyages extraordinaires. Les voyages, je ne m’en souviens plus ; comme des rêves, ils se sont effacés.

C’est ce besoin de voyager, d’aventure, que je retrouve quand je pars sur notre voilier pour une destination le plus souvent inconnue. Car c’est bien cela l’important. Même si le terrain de jeu est connu, le fait de partir sans la certitude du lieu d’arrivée donne un goût particulier à la navigation. Je me sens, l’espace de quelques heures ou quelques jours, un aventurier. Aventurier bien connecté, à la recherche de son petit confort.

Durant ces heures d’aventures, mon esprit vagabonde, se perd, se retrouve, puis soudainement le bateau me rappelle à l’ordre. Ce génois n’est pas bien réglé, franchement le bateau devrait aller plus vite. Rosario me le fait savoir en devenant soudainement mou. Il veut plus de puissance.

À l’arrivée à l’escale, l’aventurier doit bien descendre de son piédestal. Les promeneurs n’ont aucune idée des aventures incroyables que j’ai vécues durant la navigation. Je suis pour eux juste un des leurs. Heureusement qu’il y a les autres navigateurs avec qui échanger. Nous pouvons partager notre aventure en un vocabulaire connu des seuls navigateurs. Et le bon navigateur du port est celui qui prend le temps de partager son aventure et d’écouter la tienne. Cela donne un sentiment de réalité grandiose à la petite sortie lémanique. À l’instant, deux navigateurs ont traversé d’Évian à Morges avec 20-25 nœuds de bise. Un peu d’aide pour les amarrer, quelques mots échangés pour valoriser nos navigations et brosser dans le sens du poil nos orgueils.

La bise continue de souffler, le soleil brille et mon cœur s’évade.

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